En ce week-end prolongé de Pâques, les messages sont multiples, qu’ils soient politiques ou religieux et nombre de nos candidats s’autorisent une pause, 15 jours avant le premier tour de l’élection présidentielle.
Que l’on soit croyant ou athée, la question de la foi est toujours présente. Folie d’une croyance irraisonnée ou folie d’un athéisme nihiliste seraient les extrêmes entre lesquels chaque individu exercerait son discernement pour trouver une vérité à l’existence.
La cible de ces derniers jours est celle des abstentionnistes et des électeurs de l’extrême droite. Ceux qui ne croient plus ou n’ont jamais cru en la politique ou qui n’espèrent rien des « politiques » au pouvoir.
Ce besoin de croire ou d’espérer est probablement le propre de l’homme.
Un tweet du 6 avril interpelle par la simplicité de la réponse.
«@DalaiLama : I am often asked whether I am optimistic for the future of humanity. My simple answer is yes. ». Traduction :« On me demande souvent si je suis optimiste pour l’avenir de l’humanité. Ma réponse est oui. »
Agaçant.
Agaçant parce que le Dalaï Lama ne donne aucune solution. Il répond à la question par oui, mais combien répondraient non !
Cela peut nous faire penser au toujours d’actualité « pari de Pascal » sur l’existence de Dieu :
« Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, en choisissant l’un que l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter. »
Blaise Pascal, Pensées (1670)
La foi est ici mise à l’épreuve de la raison, du rationnel… Laissons à chacun le choix de la réponse.
Pour les athées que ce pari agace, un autre penseur, mais contemporain :
« En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourrait paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais à cause de cela même, on voit qu’à l’opposé du mal, la beauté se situe bien à l’autre bout d’une réalité à laquelle nous avons à faire face. Nous sommes donc convaincus qu’au contraire nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les deux extrémités de l’univers vivant : d’un côté, le mal, et de l’autre, la beauté… Ce qui est en jeu, nous n’en doutons pas, n’est rien moins que l’avenir de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de la liberté humaine. » François Cheng, Cinq méditations sur la beauté, Albin Michel, 2008.
Notre académicien français, à la double culture, qui a connu la violence aveugle et vécu le sentiment indicible de la beauté, vient rappeler dans son livre une vérité : Parier sur la capacité de l’être humain à produire le bien et le beau, c’est parier sur l’avenir de la destinée humaine, pari peut être pas si fou que cela au regard de celui de Pascal…
Dans 15 jours, l’exercice du droit de vote, liberté chèrement acquise, ne serait donc que l’exercice d’une folie vitale et raisonnable, celle de croire encore en l’être humain.